Conférence « Semences et biodiversité » du 7 mars 2015


SEMENCES PAYSANNES

D’où viennent les semences ? Pourquoi et comment protéger notre Biodiversité cultivée?

Par Robert Ali Brac de la Perrière[1]

Notes et CR par Jocelyne FANGEAT et Nacéra AKNAK KHAN de Culture XXI

 

Préambule :

La conférence du Samedi 7 Mars 2015 à Montigny -Lencoup en Seine et Marne constitue la première action de l’association PHASE citoyenne du Montois, l’association organisera d’autres actions sur d’autres thèmes dans l’avenir selon la déclinaison du sigle constitué par les Initiales des mots : Pensée, Histoire, Actualité, Société, Environnement… qui sont nos principaux domaines d’action et constituent donc des orientations pour nos investigations et actions futures.

 

Cette conférence a porté autour de l’intérêt de la biodiversité, des semences par rapport à la réalité de chacun. En effet, le sujet des semences et de la biodiversité, du brevetage du vivant en croisement avec les lobbies des multinationales est devenu très complexe, très politique, très géopolitique. il nous a semblé important d’expliquer cette réalité complexe en des termes accessibles à tous. En s’appuyant sur des expériences, des exemples pour pouvoir l’expliquer simplement à travers la vie de tous les jours des personnes. Et c’est pour cette raison que nous avons choisi d’avoir un support pour lancer la conférence, un film « Semences de Résistance » réalisé par le Centre international CROCEVIA (Italie).

Robert Ali Brac de La Perrière : conseiller en gestion des ressources génétiques des plantes et coordinateur de l’association BEDE (Biodiversité, échanges et diffusion d’expériences), Robert Ali Brac de la Perrière est investi dans des recherches-actions pour maintenir et développer la biodiversité agricole dans les fermes et les jardins. Son activité couvre la zone géoculturelle méditerranéenne, l’Union européenne et l’Afrique de l’Ouest avec une implication forte dans les réseaux et organisations de la société civile qui défendent les semences paysannes et l’autonomie des agriculteurs dans la sélection de leurs plantes et de leurs animaux. Il a participé à la création de plusieurs organisation citoyennes notamment inf’OGM, le Réseau semences paysannes et la Coordination européenne Libérons la diversité.

Présentation du contexte du film

Ce film de 28 minutes présente la problématique des semences paysannes dans le contexte actuel avec des exemples d’organisation collective en Italie, Hongrie, France et Tunisie qui participent au retour des variétés paysannes dans les champs et les assiettes. Il aborde aussi le contexte politique global qui favorise les multinationales des semences et de l’agrobusiness. Il s’agit d’un projet européen de 2009, Certaines initiatives avaient commencé vers 2000 où il était question de partager des expériences entre européens agriculteurs respectueux de l’environnement et de la biodiversité.

Quelques passages importants de l’extrait du film :

  • L’importance de la conservation collective de la semence : création de la Maison de la Semence, ce qui donne une gestion dynamique de la semence, c’est-à-dire elle se fait sur le champ ;
  • Selon les lois actuelles européennes, mondiales, les agriculteurs n’ont plus le droit d’échanger leurs semences. On se retrouve face à un contrôle politique et à une véritable « guerre des semences ». On ne peut pas accepter cet état de fait car on ne peut pas faire la même chose partout.

 

Projection du film

https://www.youtube.com/watch?v=XB4GhEysI_g

Bob Reprend la parole après la projection.

Constats

A l’issue du film, on  constate une grande diversité de maïs (forme, couleur) pourtant la diversité est réduite dans le commerce. Idem pour les dattes (on en répertorie 1000 en Algérie) et on en trouve près de 4 sur le marché : Pourquoi ?

Les agriculteurs que nous avons vus dans le fil, étaient déjà bio dans le sud ouest : AGROBIO PERIGORD. Mais les cultures du Maïs à côté des leurs ne sont pas bio, et ils se sont dit qu’il allait y avoir des fécondations croisées avec les autres maïs et parmi eux il y a aussi des maïs OGMs, les agriculteurs refusent les croisements avec les maïs non bio et encore moins avec des maïs OGMs. Au niveau de l’offre commerciale, il n’y avait que de la semence maïs hybride, aucune ne pouvait être reproduite par les agriculteurs donc les paysans se sont dit « que les multinationales sont entrain de nous obliger à acheter des hybrides non adaptables au terroir, eh bien, non, nous, nous produirons nos propres semences ». Les paysans AGROBIO PERIGORD que nous avons vus dans le film, sont les pionniers à avoir cette démarche de produire eux-mêmes leurs semences et à refuser les semences du marché.

Ces 2 constatations amènent à repartir sur des semences anciennes (d’avant 1960) avec des variétés paysannes déclassées qui offrent moins de rendement mais sont hétérogènes.

Or il y a 2 obligations distinctes : les semences doivent être homogènes, stables et à fort rendement pour entrer sur le marché comme l’exige le catalogue officiel des semences.

Le fait de vendre les semences homologuées avait un prix trop élevé, mais pour que ces semences puissent donner un bon rendement, il fallait investir en engrais et en pesticides donc une grande pollution. Au final les produits sont vendus à un prix de plus en plus bas et donc la qualité de vie devenait sur le long terme inintéressante pour les exploitants ou sinon, il fallait investir dans de très grosses exploitations.

Éléments d’histoire

Rappel : après 1960 les fermes sont devenues de plus en plus grosses, employant moins de gens, moins de femmes, ce qui a entraîné une désertification, des écoles fermées, une production plus grande et moins chère mais une qualité de vie moindre.

Vers les années 1980, il y a eu trop de main mise sur l’alimentation

Vers 1990 s’est développée l’agriculture biologique. les OGM et le brevetage du vivant ont été la goutte d’eau en trop : une variété brevetée implique le contrôle du vivant. A ce moment là, il est apparu clairement l’interaction entre les vendeurs de semences et les vendeurs des produits chimiques (engrais, pesticides, herbicides, etc)

Les issues possibles

A partir de ce moment, la confédération paysanne avec d’autres a commencé à réagir : il fallait reprendre le contrôle des semences. Tout de suite autour d’eux, ils ont trouvé que la majorité achetait leurs semences. Et c’est pour cela qu’ils sont partis au Brésil (vers 2002-2003) où il y avait des variétés à bon rendement et où les semences pouvaient être reproduites ; dès lors on pouvait, donc, imaginer des maisons paysannes de la semence où les semences pouvaient être échangées.

La première maison de semence

Vers 2005-2006 la 1 maison de la semence est créée dans le Sud-ouest, mais la législation en France est rigide, En effet, on ne peut pas utiliser les maïs qui ne sont pas inscrits au catalogue officiel national. Pour pouvoir le faire, les agriculteurs, ont travaillé avec des chercheurs sur une base expérimentale afin de faire passer leurs productions. Ils ont eu des productions intéressantes :

  • Sans grand rendement ;
  • Grande tolérance à la sécheresse ;
  • Tolérance aux insectes.

Depuis 10 ans, il y a un travail très enrichissant qui existe et qui a essaimé :

  • Certains sur le maraicher ;
  • Certains sur le fruitier ;
  • Certains sur le céréalier.

Le réseau semences paysannes

Et tout cela sous le réseau « semences paysannes », son intérêt :

  • Réappropriation des semences et du vivant ;
  • Faire autre chose que celui du rendement uniquement ;
  • L’intérêt d’avoir de la semence les années d’après.

L’échange des semences

Il existe un catalogue officiel, mais il est nécessaire d’avoir une organisation et un accord de la Recherche sous forme expérimentale (autour des critères : sécheresse, protéine, rendement). Aujourd’hui il y a une initiative presque par région.

On n’a pas le droit d’échanger les semences. Il existe un droit de propriété intellectuelle (droit d’obtention végétale) c’est le droit sur une bonne sélection qui a commencé en 1960.

Si un agriculteur sème cette variété il doit payer des royalties. Il n’a pas le droit non plus de l’échanger.

Un agriculteur ne peut pas conserver 1 variété tout seul: il doit avoir un collectif, d’autres agriculteurs pour échanger. Car s’il y en a un qui a raté sa production, d’autres sont là pour assurer une sécurité, une garantie de la survie de la semence et de la continuité pour les années à venir.

Il y a 2 mouvements contraires

  • monopolisation générale par de grands groupes ce qui veut dire le plus d’argent possible avec peu de variétés toujours liées à une agriculture avec entrants chimiques (homogénéité risquée car s’il y a un ennui toute la production est perdue…climat, maladie…). Pour ces multinationales, plus il y a une diversification de variétés plus c’est compliqué pour eux de parer et à répondre avec les bons produits adaptés à chaque variétés;
  • émergence depuis 10-15 ans en France (la France est un modèle pour les pays avec paysans) d’une volonté de reprendre le contrôle, de ramener la diversité et d’avoir une gestion dynamique.

Ainsi se crée une coalition entre la population qui veut du bon, de l’ancien, les chercheurs qui aident à la recherche participative et des élus qui soutiennent ce type de maison de la semence.

 

-QUESTIONS DES PARTICIPANTS.

1) Que risque-t-on à désobéir aux règles :

Cf. le collectif des faucheurs d’OGM et il existe une police des semences. S’i l y a un contrôle et vous avez vendu des semences alors que vous n’avez pas le droit de le faire, vous êtes pénalisé. Pour être marchand de semences, il faut détenir une carte spécifique : le Contrôleur des marchands de semences

Le réseau semences paysannes est protégé par un TRAITE des ressources génétiques reconnu internationalement et c’est ce qui permet au réseau d’avoir la légitimité du rapport de force et c’est ce qu’il lui permet d’avoir une forte mobilisation.

Il y a beaucoup de personnes qui désobéissent. Idéalement, il faudrait faire en sorte que nos attentes passent à travers les lois. En effet, il y a beaucoup de propositions qui ont été faites à ce niveau.

Il y a une VEILLE juridique qui réfléchit sur les lois et prépare les amendements. Les traités se négocient à Bruxelles.

Cependant, les exportations de semences en France vers l’étranger représentent près d’1 Milliard d’euros, ce qui est un marché important. Face à cela, les semences paysannes sont un risque que peu d’élus sont prêts à prendre.

Donc les gens sont forcés, face à cette réalité, de rentrer, quasiment, en guérilla et comme c’est difficile et dès fois on y arrive pas, donc des personnes se retrouvent dans la désobéissance.

2) Qui décide de l’introduction de nouvelles semences dans les catalogues nationaux ?

Plusieurs institutions vérifient DHS (différence, homogénéité, stabilité) et de plus, on demande le test VAT (valeur agronomique technologique) La variété doit avoir des valeurs supérieures à celles du catalogue. Ce qui est incohérent.

La sélection végétale est faite en fonction des multinationales et non pas en fonction de la demande des consommateurs.

Donc il existe 2 systèmes : propriété intellectuelle, droit d’obtention végétale auxquels s’ajoute le droit des marques

Il faut prendre des initiatives pour faire vivre cet esprit d’échanges sur les semences et la solidarité entre les agriculteurs. Les questions de semences sont des questions de droits collectifs, droits d’usage. Il faudrait juste établir des règles pour l’utilisation collective des semences en termes sanitaire pour éviter les contaminations etc.

3) Au niveau européen qu’est ce qui est fait ?

Il y a environ 80 organisations dans le réseau Semences Paysannes en France . En Espagne, l’organisation est plus forte à l’échelle régionale, sur plan national le maillage est plus faible.

Dans les pays du Nord il n’y a plus de paysans, le concept de paysannerie est quasiment inexistant, c’est même un terme péjoratif.

On essaie de mettre en place des coalitions, des coordinations. Nous commençons à avoir des problèmes auxquels nous n’avons pas pensé. Il y a des groupes, dans nos propres camps (kokopéli et d’autres), qui souhaitent libéraliser les semences. Pour l’instant, nous ne sommes pas arrivés à un accord, mais on avance.

L’autre lutte très importance est face à la loi 98-44 concernant l’autorisation du brevetage du vivant et de tous ses descendants. La nouvelle loi sur la commercialisation des semences est différée. On essaie d’interdire le brevetage du vivant.

4) En France la conférence sur le climat est prévue bientôt, est ce que c’est un RDV à ne pas rater pour dire les méfaits du changement climatiques sur les variétés hybrides? :

Le climat est une bonne raison en faveur de la diversification. Les lobbies des multinationales qui brevètent à toute vitesse brevètent aussi les traits génétiques liés au climat (« agriculture intelligente »

Les changements climatiques sont entrain d’augmenter la sensibilité des variétés hybrides et de ce fait, les multinationales essaient de pister leurs gênes dans la diversité pour réparer les déséquilibres. En effet, ceux qui voulaient réduire la biodiversité se rendent compte que ce pool est fondamental pour la survie de la l’humanité.

Il y a la liberté d’échanger mais pas la liberté du marché (Attention au Traité Transatlantique àvenir).
5 )arguments en faveur de la biodiversité

Si on imagine que nous avons tous le même pool génétique, le même stock et le même codage… nous serions tous des clones. L’intérêt de la diversité est d’apporter des éléments internes génétiques, donc, qui apportent une visibilité et des éléments internes différents.

Homogénéité ne va pas avec adaptabilité. Tout le travail des sélectionneurs aujourd’hui est de chercher les gênes de résistance qui sont collectés dans les banques de gênes provenant des variétés anciennes qui sont un réservoir de la diversité qui n’existe plus sur le terrain.

Les banques de gênes ne sont pas pour les paysans mais pour les multinationales (80% du commerce des semences). Ce sont les sélectionneurs qui ont accès à ces banques et non pas les paysans. Raisons supplémentaires pour batailler pour préserver, échanger et produire sa propre semence et refuser le lobby des industriels et des multinationales qui imposent leurs contrôles sur un élément de survie alimentaire humain.

La biodiversité est un élément fondamental pour la survie des êtres vivants et de l’humanité.

6) est ce que la ferme du Périgord vue dans le film est viable ?rendement ?

Les prix de revient sont intéressants car ils n’achètent pas de semences(1/5 du coût pour le maïs par exemple),ils traitent moins et mettent moins d’engrais.

Le rendement est moindre mais il y a un meilleur revenu car ils mettent en place leur chaine de transformation sur place à la ferme (les paysans boulangers) et exploitation en fourrage pour les animaux.

Ce que les paysans du Périgord ont de plus en cultivant ce type de semences, c’est qu’aujourd’hui après près de plus de 10 ans, ils connaissent leurs semences et ils ont le savoir-faire de la variété, ils savent la cultiver pour tirer le meilleur possible.

7) Y a-t-il un catalogue des espèces anciennes?

Il y a une différence génétiquement entre les espèces anciennes et celles actuelles retrouvées.

Il existe des catalogues de marchands de semences, il existe un catalogue des espèces potagères.

8) quelle est la différence entre semence vendue à un particulier ou à un agriculteur

Possibilité de vendre à un jardinier amateur mais non à un maraîcher.

Les semences « bio » sont de moindre qualité que les semences paysannes La réglementation oblige à produire avec des semences non bio. Il y a un gros travail de récupération des données anciennes a faire

 

[1] BEDE         http://www.bede-asso.org

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